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Le programme Erasmus d’échange européen séduit de plus en plus. Depuis sa création en 1987, il a permis à plus de deux millions d’étudiants de profiter de la coopération
européenne en matière d’enseignement supérieur. Ils étaient 200 000 (+ 9 %) en 2008-2009, dont 28 300 Français. Au-delà du discours optimiste des participants, les objectifs officiels ne sont
pourtant pas atteints
Magali Ballatore, sociologue, chercheur à l’université de Louvain en Belgique. Auteur de Erasmus et la mobilité des jeunes européens : entre mythes et réalités
(1)
« L’objectif affiché était d’envoyer 10 % des jeunes Européens étudier dans un autre pays de l’Union. Aujourd’hui, moins de 2 % de l’ensemble des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur
profitent du programme Erasmus. Ce système d’échange accentue les inégalités entre les établissements de prestige et les universités moins sélectives et plus largement entre les aires
géographiques.
L’université française participe moins à la mobilité transeuropéenne que les écoles de commerce ou les écoles d’ingénieurs. Les “Erasmus” sont souvent des étudiants qui ont un passé migratoire
riche. Ils ont participé dès leur enfance à des séjours linguistiques ou sont issus d’un milieu mixte, avec un des parents d’origine étrangère. Ils ont connu un parcours scolaire et universitaire
brillant ou au moins rapide.
Les anciennes vagues d’immigration ont, tout autant, fait l’Europe
Le programme n’a pas atteint non plus l’objectif de réciprocité des échanges. Pour un étudiant envoyé,
l’université doit recevoir un étudiant étranger. C’est loin d’être le cas aujourd’hui. L’Angleterre accueille beaucoup d’étudiants, attirés par la pratique de la langue, mais en envoie peu. Les
jeunes Anglais se tournent vers les pays anglophones, hors de l’Union européenne. Les États-Unis, le Canada et l’Australie concurrencent Erasmus, attirant les Britanniques qui ne maîtrisent
souvent que la langue anglaise.
On a tendance à penser que les étudiants en Erasmus construisent l’Europe. En réalité, les anciennes vagues d’immigration en « col-bleu » ont, tout autant, fait l’Europe, si ce n’est plus que
cette mobilité étudiante. Les travailleurs immigrés, une fois installés dans leur pays d’accueil, ont connu une vraie mixité, là où les étudiants étrangers restent entre eux.
Le programme Erasmus est également responsable de la fuite des cerveaux du Sud vers le Nord et de l’Est vers l’Ouest de l’Europe. Les politiques européennes ne tiennent pas compte des disparités
entre les régions qui engendrent un déséquilibre migratoire. Par manque d’opportunité professionnelle, dans certaines régions, les étudiants cherchent à multiplier leurs expériences à l’étranger.
En Italie du Sud par exemple, Erasmus est utilisé comme un tremplin pour faciliter l’entrée sur le marché du travail pour des jeunes conscients du fort taux de chômage. Pour trouver un travail à
la hauteur de leur qualification, les jeunes Italiens partent. »
Anne-Fleur DELAISTRE
(1) À paraître aux Presses universitaires de France en septembre 2010.
Source : http://www.la-croix.com/Le-programme-Erasmus-est-il-un-succes-/article/2430101/25692
"L'Europe n'a jamais existée : il faut vouloir créer l'Europe !"
Jean Monnet
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